Responsabilité et liberté
Récemment j'ai entendu, lors d'une soirée entre amis, " mon inconscient me joue des tours. " La personne évoquait, avec un certain délice, plusieurs actes manqués qui lui ont bel et bien fait mettre "les pieds dans le plat."
Sa manière d'évoquer qu'elle n'était " pas elle " dans cette affaire m'a fait songer à la célèbre phrase de Freud : « Le Moi n’est pas maître dans sa propre maison ».
Ainsi, si comme cette personne je peux considérer que parfois mon inconscient me joue des tours, qui peut répondre de ce ça, réservoir pulsionnel. M'appartient-il ou non ?
La responsabilité est ainsi le corollaire de l'individuation, concept jungien par excellence. L’homme qui se regarde dans un miroir a une exigence de responsabilité qui passe par la connaissance de soi, et de sa réalité pulsionnelle conflictuelle.
Qu’entend-on par une personne responsable ? S’agit-il d’un individu ayant le mandat de terminer une mission, d’une personne incapable de commettre un forfait, de quelqu’un de raisonnable et réfléchi qui mesure les conséquences de ses actes? Sans avoir connaissance du contexte, répondre à cette question est bien difficile.
Mais dans le cadre analytique, j'irai plutôt vers la signification initiale que Bloch et Warburg avancent de la responsabilité, c'est-à-dire « pouvoir répondre de, / être en autonomie de. »
Entreprendre une analyse sous-tend l'élimination progressive de la cause inconsciente des symptômes en faisant remonter à la conscience les désirs refoulés. Il s’agit de rendre au moi la maîtrise de soi : « Transformer ce qui est devenu inconscient, ce qui a été refoulé, en préconscient pour le rendre ainsi au moi » (Freud, Abrégé de psychanalyse, PUF, pp. 50-52.)
Le sujet qui arrive dans l'espace thérapeutique analytique transporte avec lui la fatigue d'être soi. Les mots les plus fréquemment entendus vont être, "fatigué, démoralisé, inhibé, insomniaque, anxieux, indécis. Fatigué de corps et d'esprit. "
Dans l'espace thérapeutique, il est invité à parler, raconter, questionner, associer, élaborer. Au fil des séances, y compris pour ceux qui arrivent en ayant préparé à l'avance leur intention de dire ou ceux qui au contraire disent qu'ils n'ont rien à dire, le sujet découvre sa capacité de parler de lui.
En ce sens, toute cure est donc une odyssée responsable, où comme Ulysse chacun va entreprendre un long voyage dans son intériorité, cerner des contours inquiétants, plonger dans des abysses mortelles et renaître à soi.
Le passage d’un "moi" douloureux et indolent, à un "je" responsable et désirant ne se fait pas en un jour.
La responsabilité englobe l’inconscient, l'impondérable, l’imprévu et l’étrange. Il n'est pas question en psychanalyse d'adapter ou de civiliser le Sujet. La psychanalyse met au défi le droit et le sujet juridique, parce qu’elle montre qu’il faut être responsable également de ce qui peut ne pas avoir de sens.
La chercheuse brésilienne en leadership Marcia Cristina De Oliveira Soares écrit que la psychanalyse " n’engage pas à un examen de la morale, mais la remet en question. Elle ne pose rien qui soit une règle commune, un mode de conduite, un type de comportement, etc. "
La motivation des actes ne peut jamais être trouvée autre part qu'en soi, dans une intention qui ne peut être qualifiée que de subjective.
Quand mon inconscient me joue des tours qu'exprime mon désir ?
Le sujet qui méconnaît son désir est captif de symptômes qui le déterminent et lui échappent. La cure va consister pour le sujet à retrouver son désir, à être capable de parler en son nom propre au lieu de subir le discours de l’Autre (l’inconscient), à tenir une parole vraie qui vient de soi. Ainsi, c’est en s’efforçant d’être en congruence avec lui-même à travers la tâche infinie et illusoire de la connaissance de soi que l’homme travaille à sa dignité, et pourra augmenter le champ des possibles ou se laissera porter, comme le dit la chanson, par le vent :
Je n'ai pas peur de la route
Faudrait voir, faut qu'on y goûte
Des méandres au creux des reins
Et tout ira bien là
Le vent nous portera