Chères Auditrices, Chers Auditeurs,
J’espère que vous pardonnerez le retard de la livraison de la Gazette qui vous arrive habituellement aux alentours de 10 h, 12 h quand je fais la fête, mais jamais 17 h ! Sacrilège. Papa a plutôt bien analysé la situation : j’ai fait la fête au mariage de Paul, mon cousin, jusqu’à pas d’heure, puis je me suis endormie d’une traite dans le train, et maintenant que ce petit somme est piqué, je peux vous raconter un peu les réflexions qui m’ont traversées quand j’ai parlé du balado (Je francise, je francise ! ) en général de Papa, et des épisodes de la semaine. C’est aussi le moment de vous raconter mes réflexions tout court d’ailleurs, car, même si mes cousins se moquent de moi en disant que j’utilise cette Gazette comme un journal intime, je pense que si vous vouliez vraiment savoir ce qu’il se passe dans le balado : vous l’écouteriez ! C’est probablement ce que vous faites par ailleurs, et cette Gazette se doit de vous proposer autre chose, l’envers du décor et ce qui me traverse sur le temps d’une semaine, notamment par rapport à mon père.
Cette semaine, tout a commencé avec les pleurs de Papa. Dans l’épisode 41-42, le courriel de David à la plume élancée lui a arraché un grognement de voix qui le caractérise bien. Voilà qu’en un instant, il vous livre l’un de ses secrets, l’une de ses failles : son pleur. Pour ne l’avoir pas beaucoup entendu pleurer, je peux vous dire que c’est un honneur. Non pas qu’il se cache comme peuvent le faire des papas trop masculins qui n’ont rien compris à ce que c’est que d’être un homme, mais bien que les larmes se font rares chez ce personnage. Je disais hier à ma tante que j’ai une envie incompréhensible de rire quand je l’entends pleurer. Voilà qu’en un instant, il vous livre l’un de ses secrets, l’une de ses failles : C’est une thèse que j’explorerai, car je me trouverai bien vilain de simplement me moquer de mon père qui pleure. Disons que j’associe peut-être aussi ces pleurs à l’ensemble du caractère comique de mon père. Quand il est sur scène par exemple, quand il fait tomber une poële et qu’il hurle alors qu’elle ne le touche pas...etc comme si j’avais du mal à le prendre au sérieux. J’ai du mal à l’expliquer, mais restons sur la thèse de ma tante qui me fait moins passer pour un fou.
Ce que ces pleurs ont révélé, en tout cas, Hélène l’a bien deviné : c’est son besoin de reconnaissance pour qui le chemin est un moyen de se “remettre en selle”. J’en discutais hier avec une cousine portée disparue depuis l’été 2016, c’était pour lui le seul moyen de recommencer à travailler. En effet, il fait partie de ces gens qui peuvent “traverser la rue” pour trouver un travail, on le connaît, il l’aurait trouvé. Mais quoi comme travail ? Chroniqueur dans une radio qui ne lui plaît pas, producteur d’une émission qui ne lui parle pas. Rien n’aurait fait sens avec son profil ; il lui fallait une expérience, un chemin pour cheminer et des rencontres pour carburer. Patrick a beau eu lui dire dans un mail qu’il risquait de rater l’expérience, un peu à la manière avec laquelle je l’en mettais en garde dans l’épisode du départ de la maison, je crois que c’est une erreur. Avec un autre cousin, Maxime, avec qui nous avons longuement parlé hier entre 2 et 3 heures du matin, nous nous disions à quel point Papa vit pour ces rencontres. C’est dans le but de rencontrer l’autre, profondément, qu’il fait cette aventure, qu’il a fait ce métier et qu’il est aussi ouvert. Ne croyez pas non plus que j’ai eu comme père Saint-Jacques de Zébédée (celui qui a nommé Compostelle, merci à mon oncle Yann pour ses références bibliques), non, le pèlerinage ne lui accorde en rien le Graal de la perfection. Il est parfois moins curieux avec nous qu’il ne l’est avec ces inconnus et peut-être qu’il faudrait que l’on passe derrière le micro pour être autant questionné. Non pas que notre vie lui soit sans intérêt, mais disons que nous faisons à la maison chacun notre chemin. C’est l’un des reproches que je peux lui faire d’ailleurs, surtout en ce moment où je reviens d’un mariage où j’ai fait la fête avec tous mes cousins, cousines, frères et sœurs : ne pas avoir assez construit un lien familial. C’est paradoxal de raconter cela et d’écrire pour lui une Gazette, mais j’ai ce sentiment intime que nous sommes en train de lui construire ce lien.e Comme Kirikou qui sort seul du ventre de sa mère, comme Azur et Asmar qui apprennent à s’aimer en grandissant (les voilà mes références à moi, n’en déplaise à ma prof de philo qui ne tolère que le classique), nous sommes en train de nous rencontrer, de nous aimer pour qui nous sommes et de tisser une relation plus solide qu’elle ne l’était il y a 5 ans et qui survivra à nos parents. Ils nous ont transmis des valeurs qui font que nous sommes comme cela aujourd’hui, curieux et instruits, ouverts aux autres et réfléchis dans nos propos, avec tous les défauts du monde par ailleurs, mais avec ces qualités-là auxquelles je tiens et que nous exploitons vraiment entre nous aujourd’hui. Le lien familial vient du fait que nous avons évolué dans un même cadre, mais ce n’est qu’avec le temps que j’apprends à découvrir ma famille. C’est peut-être ma conclusion.
S’il est dur de juger une éducation avec clarté et que toute éducation est imparfaite, la fin est ici positive : nous sommes en train de grandir. C’est le but non Papa ?
Merci de m’avoir lu chers auditeurs, chères auditrices, et dégustez bien cette semaine qui arrive de balados, car nous nous approchons de la fin et la suite est encore un mystère pour nous aussi.
Pour la carte de la semaine, désolé, mais je suis entre deux sièges dans un train inconfortable du sud de la France, et je ne la posterai que ce soir sur le compte Instagram; @hpauchon pour ceux qui sont curieux.
Bien à vous,
Léonard