Pourquoi choisir l'utopie ? Que nous dit-elle de ce que nous vivons, de ce que nous ressentons et de ce à quoi nous aspirons ?
Elle semble si loin, voire inatteignable, comme cette île d'utopie à la recherche de laquelle est parti l'équipage du Radeau utopique de Simon Gauchet. Elle semble si abstraite, cette utopie qui n'a pas de lieu, qui n'aurait pas d'ancrage, pas de matière. Elle paraît si simpliste, cette utopie qui ne regarderait que le soleil, délaissant naïvement l'ombre.
Mais elle est aussi le courage de formuler nos rêves, de les faire exister par le langage et les images. Elle est cette énergie vitale qui nous fait aller de l'avant... dans le brouillard. Elle est cette pensée qui s’échafaude et fait lien au sein du vivant. Elle est cette vibration dont l'expérience est le début d'une forme de complétude. Elle est toutes ces émotions qui la rendent plurielle, et du même coup non dogmatique.
Elle est notre chance pour l'avenir : une chance que nous choisissons ou non d'activer. Elle est déjà là, il suffit juste de changer de focale, d'adopter son point de vue.
Cette année se termine en emportant avec elle les émotions, les pensées, les actions et les mots que l'on a semés, parfois malgré nous, pour faire germer nos utopies.
Elle rend aussi, plus que jamais, le rôle des artistes essentiel dans cette construction d'une nouvelle (in)civilisation.
"La créativité demeure la plus incontrôlable des forces humaines : sans elle, le projet de la civilisation serait inconcevable, et pourtant aucun autre aspect de notre vie ne demeure aussi indompté et indomestiqué. Les mots et les images peuvent chambouler les esprits, les cœurs et même le cours de l’Histoire. Leurs créateurs façonnent des histoires que les gens portent dans leurs vies, en déterrent des anciennes afin de les raviver, de leur ajouter des rebondissements — parce qu’elles doivent toujours être renouvelées, en partant de notre contexte [...]
Nous pensons que les « artistes » — [...] les écrivains de toutes sortes, les peintres, les musiciens, les sculpteurs, les poètes, les modélistes, les créateurs, les fabricants de choses, les rêveurs de rêves — ont une responsabilité dans l’amorçage de ce processus de dénouement. Nous pensons qu’à l’âge de l’écocide, le dernier tabou doit être brisé — et que seuls les artistes peuvent le faire.
L’art doit regarder par-delà le précipice, faire face au monde qui vient d’un œil déterminé, et relever le défi de l’écocide en recourant à un autre défi : une réponse artistique à l’effondrement des empires de l’esprit."
(Incivilisation - Le manifeste de la Montagne Sombre, par le collectif Dark Mountain - à retrouver dans la rubrique "à voir à lire")
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S'accompagner des voix et des mots pour le passage à la nouvelle année, tel est le programme que nous vous proposons.
C'est pourquoi nous lançons un podcast et une série d'ateliers, expériences-apprenantes participatives. Nous sommes preneur.se.s de vos retours et doux conseils - format, durée, contenu et même des suggestions d'utopistes que vous aimeriez entendre, de thématiques que vous aimeriez aborder... dites-le nous avec vos mots :-)