Chères Auditrices, Chers Auditeurs,
Le ton des vacances n'est plus de mise de mon côté : à peine le bac fini, on commence déjà à nous parler du Grand Oral, du bac de Philosophie qui n'est pas loin et il faut dire que les jours fériés de mai et le voyage que je fais avec les cours de latin dans le sud de la France de lundi à mercredi n'aident pas à faire avancer le Schmilblick ( la chose, en français, mais c'est moins évocateur, désolé à tous les francophiles ). Pourtant, comme Dalida, j'ai envie de crier "Laissez-moi danser !", ne me parlez plus ni d'examen ni d'oral, ni d'études, mais laissez-moi plutôt profiter des anniversaires que l'on fête bien mieux sous la chaleur anormale de ce printemps caniculaire. Laissez-moi dormir, me reposer, arrêter de penser aux échéances et au travail ! Et d'un autre côté, la rigueur permet de réfléchir, d'avancer, et de ne pas se soumettre à notre pulsion de mort, décrite par Freud. Je me permets de citer des philosophes, car messieurs dames, j'ai la fierté de vous annoncer que malgré un réveil raté, une dissertation plutôt malmenée ( avec du recul, je l'ai lu et j'ai trouvé ça mauvais mais bon, qu'il en soit ainsi... ), et des concepts tordus pour les insérer comme je voulais : j'ai eu 17 au bac blanc de philosophie ! "Caramel, bonbon et chocolat !" me dirait Dalida si nous restions dans le registre. Cela se fête un 17 et je suis donc sorti à des horaires particulièrement tardifs en cette fin de semaine. D'autant plus que, comme vous l'a dit Papa, j'ai joué ma pièce de théâtre ces 3 derniers soirs. C'est une tragi-comédie de Mayenburg, un monsieur Allemand, qui parle de la radicalisation catholique d'un adolescent. À la manière de cette femme que Papa avait croisé et qui voulait convertir la Chine au catholicisme, ce jeune adolescent mène une croisade pour imposer une lecture stricte et traditionnelle de la bible. Je dois dire qu'on ne sort pas indemne d'une telle lecture et que l'on regarde la religion d'un autre oeil. C'est quelque chose dont j'ai peu parlé ici et que je ne crois pas non plus avoir entendu beaucoup du côté de mon père ( je ne l'écoute pas certes, mais j'ai les oreilles qui traînent ). Cette pièce, que je vous encourage à voir - n'hésitez pas à appeler le Conservatoire de Nanterre si vous avez un théâtre et que vous voulez nous faire venir - ou à lire, pose donc des questions plutôt centrales sur la religion et observe les mécanismes de radicalisation au sein d'une société, les réactions de différents acteurs et ce qui lui permet de se propager. Si la professeure qui s'oppose au jeune garçon est assez tranchante dans sa tirade finale : "Moi, je dis que s'il y a un dieu, il faut le combattre. La religion, c'est la vraie dictature", en tant que spectateur, on se questionne davantage. Il est évident qu'une réelle application des textes religieux est impensable et serait un drame pour nos sociétés démocratiques, mais faut-il pour autant rejeter la religion ? Ayant un père qui fait le chemin de Compostelle et discute chaque jour avec des personnes très croyantes ( bien qu'ils ne le soient pas tous ! ), et étudiant la philosophie de nombreux catholiques comme Hegel ou Levinas, je dois dire que la question est moins simple qu'elle n'y parait. Je ne crois pas qu'il y ait un dieu là-haut qui nous regarde et nous observe, c'est mon humble avis. Si en revanche, je dois remercier quelqu'un d'autre que des êtres humains pour la chance que j'ai au quotidien, ce seraient peut-être les dieux grecs, que je trouve tellement drôles et humains. Bien plus crédibles et pertinents pour comprendre tant les malheurs que les bonheurs de notre monde.
Toutefois, j'aime dans la religion, et dans les religions en général, lorsque celles-ci ne sont pas contraires à l'égalité entre les hommes et les femmes ou à l'homosexualité, la notion de partage et de culture. Sabbat chez les Juifs, le dimanche matin chez les catholiques, le Ramadan pour les musulmans, tous ces moments ne sont à mon sens que des prétextes parfaits pour se retrouver et échanger des moments en familles et entre amis qui sont précieux. Compostelle en est aussi un exemple, se retrouver, avancer vers une destination commune et rencontrer autrui comme on ne le ferait nul part ailleurs. Je vote pour ! Et d'ailleurs, plus besoin de croire en Dieu pour partir faire l'aventure, tout comme Noël exige aujourd'hui plus un sentiment financier que religieux.
Quoi qu'il en soit, cette semaine était de mon côté extrêmement intense, très amusante et plaisante, mais tellement fatigante. Je suis à deux doigts de fermer l'ordinateur et de retourner me blottir dans ma couette, espérant que l'hiver et les feux de bois resurgissent des placards. L'été a une frénésie qui achève. Mais Papa y échappe, lui, avec sa temporalité toute différente. En témoigne nos échanges de SMS à 6 heures du matin, parfois 3. Mais c'est surtout d'une grande rigueur qu'il bénéficie sur ce chemin. Un cadre strict à l'intérieur duquel ses réflexions bousculent tout et remettent en question ce qui existe déjà. Cela fonctionne toujours ainsi. Dans la forme, tout est bien rangé mais dans le fond, on bouleverse tout, comme le fait Rimbaud dans ses poèmes ( j'enchaîne les références littéraire vous ne m'arrêterez pas.). Peut-être que je devrais retrouver ce cadre qui n'est plus de mise depuis 2/3 semaines à cause des examens et que je n'ai plus qu'au sein de cette Gazette, toujours postée. D'ailleurs, vous me donnez envie d'écrire, d'autres choses ; ma vie la plus intime. Parler de mes amourettes passagères quotidiennes, de toutes les histoires qui fusent quand je vois des gens dans le métro. Mine de rien, savoir qu'on est lu par des centaines de personnes force à travailler son style, ses mots, ses pensées et en général ses réflexions. Vous me donnez envie de plus de rigueur, de plus de travail et de toujours plus de découvertes. Si je fais une prépa littéraire l'année prochaine, vous n'y serez pas pour rien !
Cette semaine, j'ai encore moins de choses à vous dire sur le podcast en lui-même, car j'avais la tête vraiment ailleurs. Néanmoins, hier matin, alors que je mangeais un croissant et dégustait les critiques cannoises d'un grand Monsieur Delmas et d'une certaine Christine Masson travaillant dans une radio rouge - toujours écoutée chez nous malgré les divergences - j'ai attrapé quelques bribes de l'épisode que ma mère écoutait. Je n'ai pas pu retenir mon fou rire devant les propos de mon père que je me dois de rassurer. Il disait qu'on le préservait des nouvelles qui concernent mon grand-père hospitalisé, pour ne pas lui faire de mal. C'est une bien belle pensée, je vous l'accorde. Mais pour avoir parlé à mon grand-père au téléphone, il est toujours autant en forme et ne cesse pas de s'indigner quand une rediffusion sur France Inter n'est pas signalée comme telle. Et puis les infirmières sont toujours autant inefficaces et il ferait tellement mieux lui... Tant qu'il se plaint, c'est qu'il a encore tous ses sens ! Je serais inquiet le jour où il nous dira au creux de l'oreille que "tout va bien", là, je serais obligé de retenir mes larmes, mais pour l'instant, c'est encore du rire. Ce même rire de protection qui surgit quand mon père pleure, ou quand il croit être protégé alors que ma mère a autant de tacts qu'un bulldozer. Pour preuve, elle appelle un de mes copains qui fait un peu de bruits en soirée " le petit gros", du fait de sa stature de rugbyman : c'est gratuit. Je suis méchant et je vous cacherai des détails essentiels si je ne vous disais pas qu'elle lui a également dit que s'il mourrait, il fallait qu'il finisse le chemin quand même.
Enfin voilà, Papa, tout va bien à la maison, on attend ton retour, mais pas pour t'annoncer des mauvaises nouvelles, juste pour reprendre notre vie habituelle et que tu veilles sur nous.
Merci encore pour votre lecture et votre temps, si vous voulez découvrir les précédentes gazettes, c'est dans la catégorie épisodes que cela se passe.
Bien à vous,
Léonard