Chères auditrices, chers auditeurs,
Après la soirée électorale de dimanche, je suis allé réviser quelques heures les sujets que l’on pressentait pour le bac blanc de philosophie. Sans trop de pression, car je savais que peu de personnes avaient pu travailler à cause de Parcoursup (site d'admission dans le supérieur), moi le premier, j'ai lu à droite et à gauche des textes, puis, quand sonna minuit et j'ai rejoint mon lit bien fatigué. Tellement fatigué que je ne me suis pas réveillé. À 8h40 dans mon lit pour 8h25 dans la salle : mon coeur a fait un bond dans ma poitrine. Hors de question de rater ça ! Alors j’ai sauté sur mon vélo sans même manger, ni me brosser les cheveux, en 15 minutes je suis arrivé au lycée et après un mensonge sur ma situation familiale, vous savez “ mon père est loin en ce moment, c’est difficile l’organisation à la maison, j’ai du m’occuper de mon frère malade... ”, on m’a laissé accéder à la salle. Plus que 3h15 pour composer mais le sujet m’a amusé alors j’ai fait vite.
Peut-on se battre contre l’injustice ?
C’est une belle question qui m’a fait penser à Papa. Et oui, peut-on s’opposer, combattre, ce qui n’est pas juste même quand, par exemple, cette chose est causée par une institution étatique, “garante”, donc, de la justice, par exemple un média public radiophonique. Son renvoi de France Inter, une belle injustice dont il a parlé pour la première fois Lundi ( épisode 21 ) a touché Jean-Michel, qui souhaite une “Longue vie aux Pauchon et mort aux cons”. Je nuancerai dans la deuxième partie de ma dissertation car on ne peut pas espérer se battre contre l’injustice si l’on en commet une nouvelle, ici un meurtre.
Et si, en fait, l’injustice était relative ? Philippe qui refait la route dans l’épisode 23 nous dit que certains crient avant qu’il ne passe car la route est cabossée et d’autres quand ils la refont car son travail dérange la circulation... Et merde. Contre quelle “injustice” se battre ?
Madeleine, dans l’épisode 22, vous conseille, à la manière d’Epictète, de faire avec ce que vous avez, et pas de chichis ! Cela ne devait pas être facile tous les jours avec Grand-mère Madeleine quand vous vouliez une part de gâteau en plus, mais son argument tient debout. Il y a des injustices face auxquelles on ne peut rien et plutôt que de s’apitoyer sur notre sort, soyons heureux. Je ne pouvais pas le dire ainsi dans ma copie et j’ai dû raconter la vie d’Epictète justement, esclave heureux de son sort et qui finit par être libéré, comme quoi, pas tout le temps besoin de se battre pour nos droits.
Et j’enchaîne alors avec Anaïs Nin, qui se battu pour le droit des femmes. Eh oui, il en faut bien, des personnalités qui défendent des causes et permettent de limiter les injustices, mais comment changer un système entier. Se changer soi, c’est changer le monde, selon Anaïs. Et cela résonne particulièrement avec ce voyage que fait le petit père. En passant de chômeur cinéphile et père de famille à journaliste randonneur il a changé le quotidien de milliers d’auditeurs qui chaque matin voyagent un peu avec lui. Cela ne permet pas de combattre l’injustice mais c’est bien la preuve que nous avons un impact sur le monde qui nous entoure. Quelle tristesse d’être sur Terre sans penser être utile. En temps d’élection on pense parfois que notre voix ne compte pas d’ailleurs, et c’est vrai, une voix ne correspond à rien théoriquement. Mais aller voter et faire cet effort, cela veut aussi dire en parler autour de soi, lancer une dynamique et donc peut-être inciter une ou deux personnes qui à leur tour... Et c’est une manière de combattre l’injustice de décider de tel candidat ou de tel autre. Je me balade mentalement dans ce sujet mais je n’oublie pas de rappeler où se trouve le GR recommandé. Je n’avais pas les connaissances académiques car mon professeur de tronc commun m’endort, mais j’ai la spécialité ( le nouveau modèle d’éducation repose sur des matières que l’on choisit d’étudier plus ) Humanités, Philosophie et ma professeure de philosophie a le don de graver en moi chacune de ces paroles. C’est donc celles-là que j’ai exploité, bien qu'elles n'aient pas de rapport direct avec la justice.
Dans ma deuxième partie, j’ai fait des détours pour évoquer tous les cas de figure de l’injustice contre lesquels on ne peut pas grand chose. Le philosophe qui m’a permis de développer cette idée était Camus, et je dois vous dire que je ne sais plus vraiment pourquoi et cela m’inquiète. Ah si ! Cela me revient. Nous devons nous révolter et non faire la révolution, car une révolution, cela signifie renverser le cours de l’histoire, et c’était l’ambition de par exemple Staline, ou encore Hitler. Pas tout doux de “combattre l’injustice de la sorte”. J’en ai profité pour dévier sur le fait que le monde tenait à des injustices plus ou moins graves et que le système devait évoluer et non être renversé. Cela voudrait dire que Didier, ce correspondant local de l’épisode 21 qui est payé 20€ l’article subit une injustice mais en même temps... Ce “en même temps” me dérange, c'est lui qui pollue les pensées des gens qui grandissent, les adultes ; je commence à le sentir venir en moi de temps en temps et je le redoute amèrement mais dans une deuxième partie que je vais corriger, il a sa place. En même temps, le journal en l’occurence ne peut peut-être pas le payer davantage car il faut commander à de nombreux correspondants locaux afin d’avoir un journal final de qualité, d’ores et déjà non-rentable.
Ce qui me conduit à vous dire - car je n’aurais supporté de rester sur cette idée - que l’injustice doit être combattu en gardant en tête l’amour des hommes et d’autrui. Peut-être un peu niais comme idée, mais j’avais Levinas et Hegel pour m’accompagner sur cette thèse. Deux grands religieux, probablement comme ma professeure, dont je retiens sans trop croire en Dieu, que nous devons être conscient que notre monde évolue doucement, et régresse parfois mais tend toujours vers le mieux tant que nous sommes animés par de bonnes passions ( divines ici ). Je me suis accordé la liberté de changer le concept de l’Autre de Levinas selon lequel il nous faut regarder le visage d’autrui afin qu’il nous rappelle notre humanité et Dieu. Le visage de l’autre constitue pour moi plutôt un moyen d’accéder à sa personne. Si on le regarde vraiment et que l’on va au-delà du masque dont les individus se couvrent ou se font couvrir à cause des préjugés : alors on peut le connaître et comprendre les injustices qu’il subit afin de les combattre. Ma copie sur cette fin est un peu plus brouillon mais disons que je voulais montrer comme toutes les nuances que j’avais établis sur la relativité de l’injustice, le fait qu’il est dur de changer un système sans brûler la société sont résolus dès lors que le combat de l’injustice est animé par un amour d’autrui et que l’on comprend vraiment cette inégalité en discutant. Encore une valeur transmise par mon vieux père qui, je pense que vous serez d’accord puisque vous l’écoutez, a toujours cherché à comprendre les gens. Il allait parler aux femmes de ménage de l’hôtel des Batignolles, les gilets jaunes, et quand il n’y avait pas de revendication claire, il écoutait, et il discutait pour comprendre en posant son regard bienveillant sur chacun. C'est peut-être ce ton tout doux et cette justesse dans une analyse de la peur, nourrie par des milliers de rencontre, qui a poussé Mireille, coincé chez elle contre son gré par une sorte d'agoraphobie, à envisager de faire le chemin tant le podcast lui plaisait. Et cet amour des hommes dont je vous parle ne cesse de causer de belles initiatives car Bernadette souhaitait la contacter et marcher avec elle. Enfin, la vie est belle quoi. C'est ce que je me dis quand j'entend des histoires comme ça, inimitables même par le meilleur algorithme, ou que j'appelle mon papa, plus heureux que jamais même s'il était un peu triste de pas être avec nous pour l'anniversaire de Nathan, mon grand frère, et pour le sien, qui était hier. Il n'a pas voulu faire trop de bruit car, dans toute son attention il essaie de répondre à vos messages mais ne pensait pas avoir le temps pour cela et souhaitait vivre ce passage tranquillement.
La dissertation a occupé toute la lettre du jour mais je me suis nourri de vos fidèles témoignages et je vous en remercie vivement ! N'hésitez pas à continuer de me raconter par mail en mettant en objet "Newsletter Léonard", ce qui vous touche et vous marque.
Merci d'avoir lu cette gazette. Voilà le nouveau nom de la Newsletter qui fait suite à la remarque d'une professeure de français québécoise qui relit attentivement cette lettre et, comme beaucoup des auditeurs de mon père, détestent les anglicismes. Je dois dire que gazette a un certain charme dont je m'accoutumerai.
Belle écoute pour la semaine qui vient et bon voyage !
Léonard