Chères Auditrices, Chers Auditeurs,
La note du baccalauréat n’est pas encore tombée, mais je vous remercie pour vos félicitations et votre curiosité suite à la dernière Gazette. Aujourd’hui, plus d’examen à vous narrer, pas de bac, pas de philo, plus d’oraux : c’est les vacances ! On les attend petit, on les envie adulte, et je crois qu’à mon âge, on en a un peu peur. Le temps passe de plus en plus vite, et bien que je sois très excité à l’idée de quitter le lycée, la vitesse à laquelle la marche que je m’apprête à franchir arrive, me fait tressaillir. C’est sûrement comme ça aussi que mon petit Papa voit la chose, mais avec la retraite plutôt que les études et comme solution ce chemin. Alors que je m’active sur tous les terrains pour ne pas perdre une minute de ma courte vie, lui, semble plutôt vouloir sortir du rythme effréné imposé par la ville et la tribu. J’imagine que le temps a une autre dimension loin de nous. Et en même temps, il paraît sûrement aussi un peu fade : Loïc le conducteur de bateau de l’épisode 28, a arrêté les grandes traversés en mer afin de se retrouver auprès de sa famille. Sympa les paysages exotiques, mais si cela suffisait, cela se saurait. Alors comment Papa peut-il bien apprécier son voyage sans nous ?
Je plaisante, je ne suis tout de même pas assez naïf pour croire que nous sommes indispensables au bien-vivre de notre père. Liliane dit d’ailleurs dans l’épisode 33 que partir, c’est aussi un moyen de se décharger de quelques poids, à commencer par celui de sa propre famille. Papa, homme au foyer ces dernières années, n’était pas épargné de la préparation des repas, des courses quotidiennes, des sorties... Même si, disons le franchement, il n’a pas non plus la charge mentale d’une mère célibataire qui emmènerait ses enfants à la gym, au cinéma, voir les copains. Il avait tout de suite eu le filon lui : nous mettre à vélo. Et dès lors qu’on ne veut pas prendre le vélo, on devient responsable de notre dépendance et on doit donc se débrouiller autrement. Bonne chance pour aller à Jouy-en-Josas pour récupérer un colis.
Alors que notre cousin, Vincent, chez qui il a dormi à Bordeaux et qui parle dans l’épisode 30, semble se sentir plus responsable de ses enfants. Il explique l’importance de la transmission, et de son rôle de père pour élever ses enfants, littéralement. Mais il trouvait aussi des moyens de se décharger de ses enfants parfois puisqu’il m’appelait, quand il était encore à Paris, pour que je les garde le soir. Et puis je serais méchant de retirer cette qualité à mon papa ! Ce voyage, par exemple, n’est pas qu’un moyen d’exploiter l’entreprise familiale, mais aussi un lien qu’il crée entre nous et une expérience dont il a la chance de pouvoir profiter et qu’il saisit. Quel enfer de ne plus pouvoir rien faire de spontané et d’un peu fou seulement à cause de ses enfants.
D’autant plus que nous nous débrouillons très bien ! Cela aurait été bête de se priver. Ce genre de rêve ne doit pas être mis de côté trop facilement. Il semble tellement proche et accessible que l’on peut toujours trouver quelque chose à faire afin de ne pas se lancer. Alors que Zacharie (mon petit frère) qui veut partir au Mexique, s’invente un rêve de toute pièce inaccessible et presque superficiel, la simplicité de celui de Papa le rend à sa façon fantastique. Je ne compte plus les gens qui sont fascinés de cette aventure et me disent en soirée, un verre à la main, une clope dans l’autre : “ Mais comment il fait pour dormir ??? Enfin, genre, il va chez des inconnus ??!!”. Tout cela très fort et trop proche de mon oreille mais ce que je comprends, c’est que les gens ne sont guère près, aujourd’hui en tout cas, à rencontrer d'autres gens. Nos zones de conforts se sont étalés et nous y sommes désormais bien trop à l’aise pour en sortir. Ce n’est pas sans compter sur le grand dadais qui me sert de père et ne recule devant rien ! L’une des choses qu’il m’a transmises est probablement sa facilité à la rencontre. Tout devient simple quand on est capable d’interagir avec d’autres humains. Je cite à nouveau une professeure que j’admire, car ils sont beaucoup : “Sans les autres, nous ne sommes rien, nous ne savons même pas nous définir, ou comprendre qui nous sommes. Prenez les autres comme une source de richesse, allez à leur rencontre, et vous serez heureux. ” Ce n’est sûrement pas comme ça qu’elle le dit, mais je l’imagine bien le formuler ainsi.
Sinon, je profite de cette gazette pour vous rassurer quant à notre réussite de survie à la maison. J’étais inquiet, il faut bien le dire, mais depuis que papa est parti, la mise en place d’une nouvelle dynamique nous a aussi été bénéfique. Hier, par exemple, alors que Maman travaillait exceptionnellement, il a bien fallu que l’on déjeune et nous n’avons pas laissé tomber le traditionnel “repas familial”. Nathan est allé acheter des gâteaux, j’ai cuisiné et Ulysse nous a même offert l'honneur de sa présence... Une vraie collaboration ! Ce n’est pas pour autant le monde des bisounours, la fatigue commence à se faire sentir avec des tensions qui surviennent, mais je crois que nous comprenons tous mieux le sens de la famille en ce moment et c’est bien appréciable. C’est peut-être l’un de mes buts finalement : réussir, à l’instar de la génération de mon père, que l’on conserve ce lien si particulier entre nos personnalités différentes. Frères, cousins, parents, il faut de la volonté pour conserver une relation agréable et c'est trop souvent après la mort d'un individu que les relations évoluent, en bien comme en mal. Et bien la mort de mon père, parti pour Compostelle nous a poussé à déjeuner chez nos cousins, pour la première fois depuis 2 ans, à parler plus entre nous, alors qu'il est simple de nous enfermer dans nos chambres. Espérons que cela perdure quand il reviendra à la vie !
Merci d'avoir lu cette gazette du dimanche, belle écoute pour la semaine qui vient et bon voyage !
Léonard